Attention aux infox !

By | 19 octobre 2018

(crédit photo © BelgaImage)

Depuis le Brexit au Royaume-Uni et l’élection de Donald Trump aux États-Unis, le monde est rentré dans l’ère post-vérité, dans laquelle des fausses informations, appelées infox (traduction du terme anglais « fake news ») sont conçues volontairement pour induire en erreur et sont diffusées dans des médias à large audience.

Ceci est devenu une spécialité du maire de Sassenage. Le dernier cas en date est celui de la diffusion des infox concernant les décisions de la Cour d’appel de Versailles, datées du 4 octobre 2018. Ces décisions portent sur le contentieux qui opposait la commune de Sassenage à Dexia, autour des deux prêts toxiques souscrits en 2007. Comme nous l’avons déjà démontré dans un autre billet de ce Blog, la commune de Sassenage a perdu le procès. Cependant, dès le jour de la décision de la Cour d’appel, les médias ont été inondés d’infox et les journalistes n’ont pas pris la précaution de lire l’arrêt.

Le Dauphiné Libéré s’est limité à reproduire les propos du Maire, selon lequel « [l]a cour d’appel de Versailles a donné raison à la commune de Sassenage […] ». Même son de cloche pour Le Parisien, dans un article intitulé « une petite ville de l’Isère gagne contre Dexia », mais avec un mensonge supplémentaire : « [Christian Coigné] affirme que, aujourd’hui, nous avons 5 millions d’euros , [un]e belle cagnotte, augmentée par les 828 090 € de dommages et intérêts que la banque doit [nous] verser. » Or, les 5 M€ provisionnés entre 2011 et 2018 n’appartiennent pas entièrement à la commune de Sassenage. Nous devrons rendre 70% de cette somme à Dexia (en plus des intérêts de retard) !

Des propos similaires apparaissent dans un article de France 3 : « L’arrêt rendu hier lui permet de conserver les cinq millions d’euros provisionnés », tandis que l’article de France Bleu Isère est rempli d’imprécisions, par exemple « [l]a Cour d’appel de Versailles a condamné jeudi la banque Dexia à baisser de 2 millions euros les intérêts dus par la commune de Sassenage […] » (cette phrase n’a pas de sens) ou « Sassenage avait emprunté quatre millions d’euros à Dexia dans les années 2000. Après la crise de 2008, cet emprunt s’est révélé toxique. » (les emprunts ont été contractés en 2007 pour un montant de presque 9 M€ et l’un deux est devenu toxique en 2010). L’article de France Bleu Isère finit avec la phrase « C’est une leçon pour les communes françaises et isèroises qui avaient accepté la transaction, notamment Grenoble et la métropole. », sans démontrer, par des calculs, que la sortie via le Fonds de soutien de l’État était vraiment désavantageuse par rapport au contentieux judiciaire.

De son côté, Boursorama s’est limité à reproduire l’article du Parisien.

À contre-courant des pratiques journalistiques approximatives, Place Gre’net a publié un article qui constate « une victoire à la Pyrrhus ». Enfin, des journalistes qui ont lu l’arrêt de la Cour !

[ajouté le 9 novembre 2018]
L’Essor 38, le journal d’annonces légales et d’informations locales et régionales pour le département de l’Isère, a publié un article le 30 octobre 2018, intitulé « La fin de l’aventure Dexia pour Sassenage ? » Certes, l’aspect mitigé de la « victoire » de Sassenage est mis en évidence, mais les propos incorrectes du Maire de Sassenage y apparaissent : « Donc, d’après les calculs faits, le prêt qui s’achève en 2042 va coûter à la commune 13,8 M€, suite à la décision du juge à Versailles », explique Christian Coigné, en s’appuyant sur un document de Finance Active, qui conseille la commune sur le versant financier. » Or, il est impossible de calculer le coût final du prêt, parce que ça dépendra de l’évolution du taux de change CHF/€.

 

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